Hydrocotyle fausse-renoncule

Originaire d'Amérique du Nord, l'Hydrocotyle fausse-renoncule est apparue relativement récemment en Europe : les premières observations remontent aux années 1940 en France, et les années 1990 à 2000 aux Pays-Bas et en Belgique. Utilisée pour l'ornement des bassins d'agrément et des aquariums d'où elle s'échappe régulièrement, ou encore introduite intentionnellement ou de façon accidentelle, elle a rapidement colonisé les mi-lieux naturels dans lesquels elle s'est aussitôt montrée envahissante.

Description :

L'Hydrocotyle fausse-renoncule (Hydrocotyle ranunculoides L.f.) est une plante vivace aquatique, voire semi-aquatique. On la rencontre dans les rivières et les fossés aux écoulements lents. Elle présente des feuilles vertes et luisantes formant parfois un tapis épais au-dessus de l'eau. Les feuilles sont arrondies d'un diamètre de 2 à 6 cm et fendues jusqu'au centre. Elles flottent légèrement au-dessus de la surface de l'eau mais elles sont aussi parfois immergées. Les tiges sont fines et forment une série de nœuds. Les racines de cette plante se logent dans le fond du cours d'eau où elles s'agrippent dans la vase. L'Hydrocotyle forme de très petites fleurs blanches à verdâtres entre août et octobre.

Importée pour améliorer l'oxygénation des bassins et des aquariums, elle a été introduite dans l'environnement souvent par accident. Elle est devenue particulièrement invasive sur le territoire du projet où plusieurs dizaines de kilomètres de voies d'eau sont touchées. Le développement intense de l'Hydrocotyle génère des nuisances écologiques en privant le milieu de lumière et d'oxygène, mais aussi des risques d'inondations car la plante colmate les ponts et provoque une élévation des niveaux d'eau augmentant les risques de débordement des rivières.

Méthode de lutte :

La méthode de lutte a été adaptée en fonction de la taille de la zone à traiter. Pour les foyers importants, les méthodes mécaniques sont quasiment indispensables. En revanche, pour de petites zones, une action manuelle peut être déjà très efficace et s'avère moins impactante pour le milieu aquatique. Plusieurs chantiers ont été réalisés depuis 2007 ce qui a permis d'avoir une meilleure analyse des méthodes à employer.

Une zone de test des méthodes a été définie sur le Courant du Laudyck à Estaires pour une longueur de 8220 ml.

Lorsque l'invasion est importante, la méthode mécanique est à privilégier. Le dévasement est requis car un simple faucardement n'est pas suffisant pour garantir une efficacité optimale dans les zones très infestées. En effet, les racines sont ancrées dans la vase et lors du fauchage, le pied de la plante reste dans l'eau et se développe de nouveau. C'est pourquoi, la solution du dévasement a été préconisée. Dans ce cadre, en France, il faut s'affranchir des dossiers réglementaires nécessaires au titre de la loi sur l'eau (rubrique 3.2.1.0 Art R214-2 du Code de l'Environnement).

Ensuite, le chantier doit respecter des consignes strictes de suivi afin d'éviter toute propagation de l'espèce en aval. Des systèmes de filtres peuvent alors être mis en place sur l'aval du chantier afin de récupérer les petits fragments de plantes. Les engins mécaniques sont accompagnés de personnel munis d'épuisettes pour récupérer également les fragments au fur et à mesure de l'avancée du chantier. Les déchets font également l'objet d'une gestion particulière : ils sont enfouis dans les parcelles riveraines après la réalisation préalable d'une tranchée permettant d'accueillir le mélange boue et plante.

Ce type de chantier a été réalisé en régie avec l'utilisation de 2 pelles hydrauliques pendant toute la durée du chantier. Une pelle est utilisée avec un panier faucardeur adapté afin d'arracher la plante avec les racines et l'autre pelle sert à creuser et reboucher la tranchée d'enfouissement des déchets.

Le chantier mobilise également beaucoup de main d'œuvre pour accompagner le travail mécanique. On estime le besoin de main d'œuvre à 6 à 10 jours/homme par kilomètre. Concernant le coût de l'intervention, on estime un coût moyen entre 8 et 10  par mètres linéaires en appliquant cette méthode.

L'Hydrocotyle demande un suivi très régulier de son évolution après le chantier. Un contrôle dans les quinze jours qui suivent le chantier est nécessaire pour assurer la bonne finition de l'opération. Ensuite, une vérification tous les deux mois est assurée pendant les trois à quatre années qui suivent le chantier. Lors de ces contrôles, une intervention manuelle est souvent indispensable. Cela représente environ 0,5 jour/homme par kilomètre et par an. Les déchets sont alors mis en sacs puis évacués vers les déchetteries. Au-delà de la 4ème année, un contrôle tous les 4 à 6 mois permet d'assurer une surveillance et de rester vigilant en cas de nouvelle invasion.

La méthode d'arrachage manuel est aussi utilisée en première action de lutte sur des petites surfaces et elle est privilégiée sur les apparitions de nouveaux foyers. La main d'œuvre requise pour cette première action de lutte est en moyenne de 8 jours/homme par kilomètre de cours d'eau soit 1,20 €/ml environ. A la différence de l'action mécanique, le suivi de cette action sera assez intensif avec un contrôle tous les mois, voire tous les deux mois (en fonction des conditions climatiques) et mobilise tout autant de main d'œuvre que la 1ère action car la reprise est souvent importante à partir du mois de juin.

La troisième méthode possible testée est une opération de faucardement souvent réalisée dans le cadre de la lutte contre les inondations. Dans ce cas, le panier faucardeur est utilisé en bloquant les sections afin d'arracher et non découper la plante pour éviter la dissémination de petits fragments. Toutefois, si le faucardement est facile à mettre en œuvre, la méthode montre ses limites car les reprises sont nombreuses. En effet, la plante n'est souvent pas arrachée en totalité, dans ce cas, le travail doit être combiné avec une intervention manuelle ce qui permet de maîtriser la propagation de l'Hydrocotyle et d'assurer son suivi à une fréquence similaire à celle de l'arrachage manuel mais avec moins de main d'œuvre. Le faucardement représente un coût de 1,30 €/ml environ.

Résultats :

Sur les trois méthodes testées, seule la méthode de dévasement a montré une éradication complète de l'Hydrocotyle sur une durée de 5 années. Cependant, les partenaires doivent poursuivre l'évaluation des deux autres méthodes afin de voir si elles permettent uniquement une maîtrise de l'invasion ou l'éradication de la plante.

Durant le projet LUPIN, les partenaires ont lutté contre l'Hydrocotyle sur 10,42 km de cours d'eau sur la zone de projet. Les partenaires ont travaillé soit avec leurs propres équipes en régie ou par contrats de sous-traitance.

Le tableau suivant reprend les principales informations techniques des 3 méthodes :


Il a également été constaté que l'Hydrocotyle est une plante sensible aux conditions climatiques. L'hiver 2012/2013 particulièrement rigoureux a nettement diminué le développement de l'espèce au printemps 2013. Au contraire, les températures douces de l'année 2014 ont encouragé sa prolifération sur des secteurs où en 2013 sa présence était très faible.

 

 

Pour en savoir plus : télécharger la fiche PDF de présentation de l'Hydrocotyle fausse-renoncule